1. Qu'est-ce que le gallo ?
Le gallo (endonyme galo) est la variété d'oïl de la Haute-Bretagne : on le parle traditionnellement en Ille-et-Vilaine, en Loire-Atlantique et dans l'est du Morbihan et des Côtes-d'Armor, à l'est de la frontière linguistique bretonne qui court à peu près de Plouha à la rivière de Pénerf. Langue romane, il est très différent du breton, qui est une langue celtique — la relation entre les deux a été comparée à celle du scots et du gaélique en Écosse.1
Dialecte ou langue ? Faute de critères universellement acceptés, il n'y a pas de consensus. Le gallo appartient au continuum d'oïl dont le français fait partie (son étiquette IETF est d'ailleurs fr-gallo et il n'a pas de code ISO propre) et ses locuteurs l'ont longtemps appelé « patois » ; mais il fait l'objet de recherches et d'efforts de normalisation, des livres en gallo paraissent régulièrement, et le Conseil régional de Bretagne l'a reconnu en 2004, avec le breton, comme « langue de Bretagne ». L'UNESCO le classe « sérieusement en danger » : la transmission entre générations est très faible et les estimations vont d'environ 29 000 locuteurs (1999) à 200 000 (2008–2013), 132 000 en 2024.1
Le nom vient du breton gall « étranger (de langue romane) ». Le linguiste Alan-Joseph Raude a proposé le terme « britto-roman » pour souligner que le gallo est un parler roman parlé par des Bretons.1
Quelques repères face au français : « aujourd'hui » se dit anet (anui tout à l'est, comme en mayennais et en angevin), l'infinitif en -er se prononce généralement [ə] (manjer « manger »), et « oiseau » prend selon les régions les formes ouazé, ouézè, ouéziao — voire gaziao au nord-ouest de Rennes.1
| Français | Gallo | Remarque |
|---|---|---|
| aujourd'hui | anet | anui à l'est, en continuum avec le mayennais |
| manger | manjer | infinitif en -er prononcé [ə] |
| oiseau | ouézè | variantes ouazé, ouéziao, gaziao |
| blé | bllë | prononcé blé, byë, byay… selon les régions |
Les démonstratifs varient aussi selon les aires : le sien / la siene (type Ille-et-Vilaine), lu, li / lë, yelle (type Côtes-d'Armor), le ci / la celle (type Morbihan) — le sud de la Loire-Atlantique suivant le modèle poitevin.1
Le gallo garde les pronoms sujets je et il, là où le poitevin voisin emploie i et le : ce faisceau d'isoglosses marque une transition abrupte au sud, vers la Vendée. Vers la Mayenne, l'Anjou et la Normandie, la transition est au contraire graduelle — les variétés se recouvrent, et un locuteur du gallo et un locuteur de l'angevin se comprennent en partie. C'est le propre d'un continuum dialectal : les frontières administratives et linguistiques coïncident rarement.1
Pour continuer & sources
L'article Wikipédia « Gallo language » documente l'aire linguistique, les effectifs, les variations régionales de prononciation et de grammaire, l'histoire (de la Gaule romaine à la reconnaissance de 2004) et renvoie à la bibliographie spécialisée (Chauveau, Trehel-Tas, Walter, Abalain).1
Ce guide est un chapitre de départ : il couvre l'orientation et les premiers contenus A1 et sera étendu dans les prochaines éditions — sur le modèle du guide bavarois — aux huit sous-niveaux du CECRL (A1.1 à B2.2), avec vocabulaire et exercices.
Notes & Bibliography
- « Gallo language », Wikipédia (anglais) — aire du gallo en Haute-Bretagne et frontière Plouha–Pénerf, statut discuté (langue d'oïl / « patois », IETF fr-gallo, pas de code ISO), reconnaissance « langue de Bretagne » (2004), UNESCO « severely endangered », estimations de locuteurs (29 060 en 1999 à ~200 000, 132 000 en 2024), étymologie bretonne de « gallo » et terme « britto-roman » (Raude), anet/anui, infinitif en [ə], ouézè/gaziao, bllë, démonstratifs régionaux, pronoms je/il face au poitevin i/le. [source] ↩